lundi 16 juillet 2012

FASHION WEEK HOMME ETE 2013 : PODIUM SPORTIF // GIVENCHY, LANVIN, PHILLIP LIM.

Mode masculine Été 2013.
Le cliché du sportif déshabillé, la part de la femme et celle de l'enfant révélés. Reste une question de taille : pour quelle équipe tu joues, mec? Quand le match est fini, il faut faire place nette au podium. Et se taire pour le Chant des Italiens qui résonne en l'honneur de Riccardo Tisci.

GIVENCHY // Chacun pour soi et Dieu pour tous

Givenchy Homme PE 2013
Givenchy Homme PE 2013

// L'Homme // Coach Tisci a vu la Vierge. Elle l'a fait dieu des imprimés, ressuscités pour une nouvelle saison d'obsession - commerciale diront certains, et sans doute à raison. Place aux Saintes et aux Madones, après les rottweilers, pinups et kaléidoscopes à profusion... La grande idée est ailleurs, de toute façon. Sous l'imprimé, c'est d'avoir fait de deux souvenirs de l'enfant un seul vestiaire d'homme fort : l'église, le sport. Un Procession spectaculaire mais portable, où les communiants sagement vêtus de tuniques prennent pourtant souvent les traits baroques d'un gang de sicaires. Après les Minotaures de l'Hiver, de quoi se méfier des enfants de choeur de l'été : ce n'est plus la narine mais l'arête du nez qu'ils ont fait piercer. Pour donner raison aux Reliques : la Mode passe mais les Os restent à jamais. Bien vu, l'homme Givenchy fait sa prière mais joue os pour os, dent pour dent.


Givenchy Homme PE 2013
Givenchy Homme PE 2013

// La Mode // Sainte Trinité de la Silhouette : l'homme amène le costume, le sport amène le sport, la religion la tunique et le thème des imprimés. Tout s'entremêle, un nouveau dogme du vestiaire masculin [veste sur tunique sur pantalon ou short] se dessine et la tension majeure de l'été aussi : la femme est là (des mannequins femmes participent d'ailleurs au défilé), dans les figures saintes imprimées (Vierge, Ste-Thérèse en plein Extase), dans les matières luxueuses (organza, soie, voileries), dans les couleurs tendres (rose chairs, blanc virginal), dans les bijoux (en piercing sur le nez et sur les sandales de pèlerins). L'enfant est là aussi, dans les shorts et les sweat-shirts (de façon encore plus évidente sur ceux imprimés d'une icône et floqués avec un numéro).
Deux pièces maîtresses devraient finir par s'imposer. Sans difficulté pour les imprimés, qui sont partout mais qui sont forts : icônes religieuses qui impressionnent lorsqu'elles semblent soudain enluminées, gravées en relief dans le métal, ou au contraire sous-jacentes au vêtement, presque radiographiées comme un Saint-Suaire, ou encore peintes à l'huile et éclairées à la bougie sur de la soie, ou enfin multicouches, réparties entre chaque éléments de la tenue (blouson, chemise, cravate...). Plus long sera certainement le chemin pour la Tunique, pourtant clé de voûte de cette nouvelle masculinité.


Givenchy Homme PE 2013
Givenchy Homme PE 2013

 // On passe à la caisse // Les pièces en soies noir à se damner : sweat-shirts et Teddy à la Vierge Triste. Un autre sweat-shirt blanc à icône numérotée. Une tunique, noire see-through pour commencer. Quant au rose poudré, la tentation devrait être forte.
// On passe son tour // la sandale de pèlerin, c'est péché. Les imprimés les plus racoleurs aussi : Vierge disco (WTF?), flocages faciles, carrés sur t-shirts noirs...


LANVIN // Adversaires Equipiers

Lanvin Homme PE 2013
Lanvin Homme PE 2013
// L'Homme // Lucas Ossendrijver dit de son show particulièrement posé (il est vrai moins impressionnant qu'à l'accoutumée) : "It's all about contrast". Ramené à l'homme, et c'est un peu comme forcer les adversaires à jouer dans la même équipe. Pas vraiment de silhouette Lanvin cet été. Mais autant de personnalités que de passages. Un manque d'esprit d'équipe, mais du sport partout quand même. Plus référencé, plus décalé : des t-shirts de boxer 90s Rocky Balboa mais en soie fluide, parfois même transparente, des sacs à dos aux harnachements grand luxe, du rétro-sport preppy (marcels de soie bicolore), des kways sexys portés en chemises, zippés, translucides, sur torse nu de gringalet. Même le costume est désossé, simplifié, pour laisser bouger les muscles comme dans un jogging.

Lanvin Homme PE 2013
Lanvin Homme PE 2013
// La Mode // Contraste sur tous les terrains. Opposition des couleurs dès les premiers passages noirs et blancs. Opposition des silhouettes, pantalons oversized taille haute contre pantalons fittés taille basse. Opposition de matières, masculin sportswear comme le nylon, laine ou cuir bruts, contre effets d'habitude réservés au vestiaire féminin : cirées, nacrés, transparents, lamés.

Lanvin Homme PE 2013
Lanvin Homme PE 2013
// On passe à la caisse // la Ola pour les sandales, les plus belles de l'été. Simples et ludiques comme des legos qui semblent personnalisables à l'infini : bleu ciel, noir vernis. Pour les kways transformers qui deviennent des chemises. Et tous les t-shirts de boxe.
// On passe son tour // Les sophistications de l'extrême : python sur chemise de sport, les chemises rose et les effets nacrés de Barbie que ma petite cousine pré-pubère, loin du second degré de la mode, m'envierait pour de vrai. Les pantalons oversized speakeazy. Mais qu'on lui fasse la peau, à Roger Rabbit. Et qu'on revienne à des proportions plus portables. 


3.1 PHILLIP LIM // Baseball. Capoeira. Aïkido. 

3.1 Phillip LIM Homme PE 2013
3.1 Phillip LIM Homme PE 2013

// L'Homme // Le sport de Phillip Lim, c'est de mix-and-matcher les influences de la ville qui fait sa mode : NYC. Si le sportswear et, plus largement, le COOL US restent le pivot de l'équipe, ils sont solidement épaulés de coéquipiers japonais et brésiliens qui balancent sans cesse entre le chaud et le froid. Avec très peu de règles du jeu et beaucoup de fun, Phillip Lim fait du sport un voyage, où l'homme peut se perdre et, qui sait, se trouver.

3.1 Phillip LIM Homme PE 2013
3.1 Phillip LIM Homme PE 2013

// La Mode // Le sport à NYC sous les soleils de l'été. Soleil Levant, strappings sur les pantalons et les vestes comme des ceintures de kimono (certaines chemises sont aussi kimono), silhouettes de hérons en vestes samouraï (tenues entre-ouvertes par un zip) et bermudas blancs sur chemise noire, ensembles blanc sur blanc comme des habits de cérémonie. Et Soleil Brûlant : legwears et bermudas de capoeira (et de football américain), imprimés, broderies ou incrustations baroques et féminines, couleurs organiques, chaudes, naturellement luxuriantes - ors, ocres, bleu ciel de tempête, écrus, denim, kaki... 

3.1 Phillip LIM Homme PE 2013
3.1 Phillip LIM Homme PE 2013
// On passe à la caisse // Les bermudas sur legwear raccord, bleu nuit et ciel, noir, blanc... Les vestes de baseball zippées : blanc, blanc avec manches de mesh écru, denim tie and dyé, bi-colore aux manches rebrodées, un pantalon de capoeira imprimé.
// On passe son tour // Tous les lancés qui ne se sont pas transformés en touchdowns : à commencer par les chaussures, entre sabots et claquettes de piscine. Carton rouge aux surenchères d'imprimés et de strappings. Que reste-il au COOL sans la simplicité?
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dimanche 8 juillet 2012

FASHION WEEK HOMME ETE 2013 // LE SPORTIF, UN CLICHE DESHABILLE. La part de la femme, celle de l'enfant.


Givenchy Printemps Été 2013
Le sportif, icône féminine sur le coeur
dégaine de communiant for ever. 


"Well we're all getting bigger // But it takes Time to be a Man.
And it's more than you figure // So take it slow, take my hand."
The Rapture - It takes Time to be a Man.

L'été prochain. Tous les hommes vont aimer le SPORT. Même ceux qui aiment la MODE. SURTOUT ceux qui aiment la mode. SPORTSWEAR de LUXE, tu parles d'un cliché! Tu parles d'une nouveauté. Des années que le mouvement pendulaire se développe, creuse l'opportunité des deux côtés : le sport s'en va au luxe (cette année encore, les Nike Yeezy 2, co-designée avec Kanye West, se vendent 250 euros en boutique et, quand il n'y en a plus, jusqu'à 1 500 dollars sur Ebay; Adidas mise lourd sur SLVR, une collection capsule inspirée de l'élégance des escrimeurs), pendant que le luxe s'en vient au sport (folie sneakers chics chez Lanvin, Dior Homme, Givenchy, YSL, ou sportshoes chez Prada...). Égalité. Balle au centre.

Adidas SLVR 2012

Mais attention aux apparences. Elles seront trompeuses le prochain été. Lieu commun de la masculinité, le SPORTIF est un mirage d'homme et Paris va le prouver. Sous le cliché aride, un oasis de féminité, et des tempêtes de sables mais drôles, comme celles des châteaux de l'enfance. Souvent subtile mais rarement somptueuse, il faut avouer que la mode masculine de l'été 2013 est moins spectaculaire, moins violemment attractive que celle de l'été dernier. Mais elle brille par une sorte d'intelligence collective, que chaque show nourrit à sa manière, comme si tout le monde s'était passé le mot. Pour faire progresser un peu l'idée de l'Homme, en faisant remonter à la surface la part invisible sous l'archétype rassembleur et commercial du Sportif : la part de la femme, et celle de l'enfant.

C'est fou comme parfois, ce que l'on ne voyait pas à force de ne pas vouloir le voir peut devenir évident. C'est ce qu'inspire d'emblée ce sportif de l'été 2013.
Une évidence féminine : la précision à côté de la performance, la note artistique à côté de la note technique, l'esthète au corps culte, culturiste, cultivé : glabre, bronzé, tatoué, dénudé, aérodynamisé. Les gracieux lauriers et les pleurs à chaudes larmes sur le podium.
Une évidence enfantine : le sport est un terrain de jeu, la rue peut être son terrain de jeu, un autre terrain ludique où s'évader. Le sport appartient à l'enfance à jamais. Au même titre que ces grandes institutions initiatiques qui nous rendent plus forts, plus graves, plus résistants : Givenchy est dans la vérité vraie en mixant sport et enseignement religieux, sport et communion. Et le sport rejoint ici encore une fois la femme : la mère qui t'attend avec ton goûter après l'effort et qui, comme Dieu, pardonne tous tes péchés. Procter & Gamble l'a bien compris et célèbre, dans le spot réalisé pour les JO de Londres dont le géant de la grande consommation est sponsor officiel, la Mère derrière tout grand champion (The Hardest Job in the World is the most Beautiful Job in the World).



A l'arrivée, ça donne quoi, ce nouveau sportswear de luxe sans le cliché? 4 tendances lourdes.
// Le Sport pluriel // A chacun le sien. Nautique chez Dior (thème marin très académique) et Louis Vuitton (thème yachting), Baseball chez Givenchy et Alexander Wang, Capoiera et Football américain chez Phillip Lim, Boxe chez Lanvin, Trek baroudeur chez Kris Van Assche, et même natation synchronisée chez Mugler (ah pardon c'était un thème Atlantide?)... le short de foot encoché sur la cuisse, puni de peine de mort depuis que Rocheteau avait quitté les Verts, revient même chez Raf Simons.


Alexander Wang Printemps Été 2013
US Sport 
Lanvin Printemps Eté 2013
Tshirt de Boxer en soie

Dior Homme Printemps Eté 2013
Ô Matelot

mercredi 4 juillet 2012

QUAND LIZZY GRANT SORTAIT LA DEMO DE NATIONAL ANTHEM // VINTAGE LANA DEL REY

Lana del Rey a tué Lizzy Grant
National Anthem a survécu.


"Money is the Anthem of success."

Lizzy Grant crevait peut être la dalle quand elle a composé National Anthem. Une version 1.0 aux accents vaguement pop, vaguement grungy, et un drôle de clip DIY, carambolage d'images usées et d'égo-trips instagrammés, que Lana del Rey écraserait quelques années plus tard en cliquant sur le bouton "célébrité". Mais à l'époque, Lana del Rey n'était pas née.

Lizzy Grant s'apprêtait à crever pour de vrai. A disparaître derrière ce qui pointait : des lèvres gonflées et un patronyme emprunté à une vieille Ford. La trame d'une popstar en pleine création, en pleine mutation. Physique, esthétique. La popSTAR se fabrique de toutes pièces. Comme une vieille Ford.

C'est l'étrange histoire de la démo de National Anthem, une petite chanson comme des milliers d'autres. Et de Lizzy Grant, une petite chanteuse comme des milliers d'autres. L'une et l'autre remontées à la surface à cent à l'heure, dans le sillon de la version 2.0 parue cette semaine. Une autre chanson, une autre chanteuse : le National Anthem de Lana del Rey.

Pas d'A$AP Rocky, ni de Marilyn, ni de Jackie O. Mais déjà JFK. Et tout le mythe fondateur d'un futur phénomène Pop majeur.
Hollywood // CUT // Elvis // CUT // Porno Gonzo // CUT // Gentlemen Club // Roman Noir // CUT // Lolita // CUT // Stars and Stripes // CUT //  Cowboys // CUT // Blue Jeans // CUT // Flowers in Bloom // CUT // Speakeasy // CUT // Vintage // CUT // Vieilles décapotables // CUT // US-Aristocratie // CUT // Tempêtes // CUT // Glamour Sadcore // CUT // JFK // CUT // Hip Hop // CUT.
Lana del Rey au carbone 14.

Rempart aux haters, Lizzie Grant revient à temps pour rappeler ce qu'est Lana del Rey. Des vidéos postées comme des bouteilles à la mer. Une fille au nom de voiture comme elle aurait pu finir par en laver, en garer, en ravitailler dans n'importe quel drive-in de LA. Mais sauvée par la Pop stardom. Un fake qui a eu de la chance. Qui a cru dans sa chance. 

Touchante, Lizzy Grant inside Lana del Rey, revient à temps pour rappeler que, pour ceux qui la font, pour ceux qui la rêvent, la Pop est un anti-destin.


LIZZY GRANT / LANA DEL REY
 NATIONAL ANTHEM DEMO

dimanche 1 juillet 2012

LANA DEL REY ET ASAP ROCKY REJOUENT LE NATIONAL ANTHEM // La fausse histoire vraie de Marilyn, Jackie O, JFK


Lana + Jackie O + Marilyn

Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé ne serait que pure coïncidence.

Ca commence par un Happy Birthday Mister President au Madison Square Garden. Ca finit par un assassinat en pleine rue, à l'arrière d'une Lincoln présidentielle et décapotable. Un air de DEJA VU, voilà ce qu'est Lana del Rey. Mais un air frais, qui prend la Mythologie Américaine de pleine face. Avec ce qu'il faut de témérité et de présomption pour penser pouvoir s'y mesurer. Un sens de l'opportunisme démoniaque mais doublé d'une constance esthétique et narrative stricte, qui la démarquent définitivement de ses copines starlettes-girouettes. Celles qui, pour faire durer leur momentum, métamorphosent physique et musique d'un titre à l'autre.
Vintage et Sadcore un jour // Vintage et Sadcore toujours. 

Marilyn Monroe
Madison Square Garden 1962

S'attaquer à Marilyn, Jackie O et JFK. Pourquoi pas. Mais encore faut-il avoir l'ingéniosité de ne pas confondre rejouer l'histoire et la répliquer. Bye Bye le clipper Woodkid et le toyboy Bradley Soileau. Dans la vidéo de National Anthem, c'est sans filet mais épaulée d'un duo tout nouveau que Lana del Rey s'essaie à détourner les faits en sa faveur : Anthony Mander et la nouvelle sensation du Hip Hop made in Harlem - et adoubée par Drake tout au long de sa tournée européenne - A$ap Rocky. Makes sense. Dans Blue Jeans, Lana chantait : "You were sort of punk rock i grew up on hip hop - but you fit me better than my favorite sweater". 

Ca commence mal. Comme un biopic littéral. Lana est en 1962, elle entre sur scène dans une robe lamée qui l'empêche de respirer et, le souffle court, entonne un joyeux anniversaire innocemment incendiaire à Mr President. On se dit :
1. Putain-est-ce-qu'on-pourrait-pas-laisser-Marilyn-peinarde-30-secondes?
2. Que même lamés et moulés à même le corps, les vêtements de Monroe sont trop grands pour elle.
3. Que Madonna l'avait déjà fait. Material Girl. 1984. Lana del Rey n'était pas née.

Lana del Rey - National Anthem
Marilyn Monroe Madison Square Garden 1962

Mais on se trompe. Et on s'en rend vite compte : lorsqu'est dévoilé le nouveau visage de JFK. Chez Lana del Rey, JFK est un rappeur noir en plein coeur des 60s. Dans National Anthem, elle proclame "blurring the line between the real and the face", et elle fait ce qu'elle dit. Un biopic, mais subjectivé. Une histoire où l'histoire n'est qu'un fantasme. Remonte à la surface fêlée d'anachronismes et d'anticipations. Des buggs, exactement comme dans le monde digital où Lizzie Grant est morte, où l'histoire de Lana del Rey est née. 





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