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| Tyler The Creator dans la scène finale qui a fait la gloire de la vidéo de Yonkers. Et la polémique. |
"I don't even know what that means
- No one knows what it means, but it's provocative
- No it's not, it's gross"
Kanye West + Jay-Z, soit à peu près ce que l'industrie du rap fait de plus lourd, et de plus lourdement établi, ils s'y sont mis à deux pour écrire Niggas in Paris, l'un des cartons Hip Hop de l'année. Mais ont encore eu besoin de piquer à l'acteur Will Ferrell la réplique de l'interlude qui distingue définitivement le titre. Et qui rappelle que, malgré le fric, les mariages princiers, les fashion shows, leur rap reste ce que le rap doit rester pour continuer d'exister : un langage d'abord communautaire, d'abord provocateur, et s'il le faut salement écoeurant. Pas pour toutes les oreilles, tous les ipods solvables de la terre.
Il y a urgence. Les Barbares sont aux portes de la ville. Pendant que la bonne société Hip Hop fait la promo de Justin Bieber, le collectif post-ado californien Odd Future fait le siège des réseaux sociaux et crie haro sur toute la civilisation du rap embourgeoisé au champagne, enrichi au sampling, soumis aux logos, qui passe ses vacances dans les Hamptons et trône on top des classements de Forbes Magazine.
Tête pensante de la rebellion, Tyler The Creator a 21 ans, et pourrait très bien passer pour un gentil hipster - hallucinante collection de chemises vintage + shorts de communiant + chaussettes de sport au genou. Mais aucun risque, tant il a déjà grandement assuré sa réputation de petite frappe incontrôlable, nihiliste, misogyne, homophobe, obsédé sexuel, weeder, sniffer, casseur... La liste est longue, et ne cesse d'être alimentée : par des clips home-made qui pissent le sang, racontent ses défonces, ses journées au skate park, sa violence et ses errances ordinaires; par des paroles abjectes (scènes de viols, appels au crime...); des salles de concerts saccagées, par des interviews sabotées. Borderline is never enough.
Mais pourquoi est-il si méchant? Parce qu'il s'ennuie. Comme les 100 autres % de jeunes qui passent leur vie sur internet à chatter en réseau ou à mater du porno. Sauf que lui en fait de la musique, de la vidéo, de l'illustration, et de la violence généralisée. Et assume, big up à Kirkegaard, que l'Ennui est mère de tous les vices. Personne n'est plus vicieux que Tyler The Creator. Son génie tient à ça : savoir raconter, 25 ans après Bret Easton Ellis, le Los Angeles Moins que Zéro d'aujourd'hui, dans la langue et les outils créatifs d'aujourd'hui.
Le reste du temps, quand il ne s'ennuie pas, c'est parce qu'il gerbe sur l'establishment du Rap, allant jusqu'à répondre à V Magazine qu'il n'en a pas écouté cette année, "seulement Gloria Estefan". Mieux vaut produire que guérir. Les principaux intéressés avalent la couleuvre et s'affrontent toute l'année pour passer la corde au cou de Tyler The Creator (P Diddy monte sur scène avec lui, Kanye West baptise son clip video of 2001 sur Twitter...). Lui leur répond qu'il préfère se la passer tout seul. Et passe à l'acte dans la vidéo de Yonkers (15 millions de visites sur YouTube), merveilleux cauchemar rap malade mental qui explore la face la plus sombre, la plus jusqu'au-boutiste de l'ennui. La pulsion de mort jaillie du vide.
Le réalisateur raconte : “He comes to me with six lines… ‘I’m sitting on a chair rapping, I’m playing with a bug, I eat it, I throw it up, my eyes go black, and I hang myself.’” Et c'est exactement ce qui se passe, tout au long d'un clip minimaliste qui ressemble à un test de Rorschach : les comportements pathologiques défilent sous nos yeux comme des taches d'encre noire, sous l'effet des variations de focalisation de la caméra. Chacun renvoyé face à ses névroses, et à l'honnêteté de Tyler The Creator, qui nous rentre dedans comme un coup de poing américain.
La boucle répétitive délivre ses pulsions de mort. Il y en a pour tout le monde. Mort aux pop stars ("Stab Bruno Mars in his goddamn esophagus"), mort aux bigots ("Jesus called, he said he’s sick of the disses / I told him to quit bitchin’, this isn’t a fucking hotline"), mort aux pacifistes ("This ain't no V tech shit or Columbine / But after bowling I went home for some damn Adventure Time"), mort à la Hype ("I'm stabbing any fucking blogging hipster with a pitchfork"), mort à la fame ("Fuck the fame and all the hype").
Sa poésie aussi est mortelle. Allusion à l'un des membres féminin et lesbien d'Odd Future qui prendrait de la "cinnamon" (sin of men), à ses personnalités dédoublées et conflictuelles ("I'm a fucking walking paradox", "here's the number of my therapist", "still suicidal I am"), à sa famille absente ("My mom’s gone", "I just want to know if my father would ever like me"), à ses cas de conscience dérangés ("Now my conscience dead / now the only guidance that I had is splattered on cement").
Scotché au divan, je me souviens des mots de mon psy : "rien n'est plus dangereux qu'un enfant blessé". Réponse quand Tyler The Creator sera devenu un homme. Prochain album, Wolf, annoncé au printemps 2012.
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| Album Goblin (XL) Tyler The Creator de L.A annonce la couleur de son rap Wild Wild West avec une photo de jeunesse de Buffalo Bill recolorisée |


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