samedi 9 juillet 2011

FASHION WEEK HOMME PARIS - ETE 2012 // FAITES LA MODE, ET LA GUERRE

JL David. Napoléon traversant les Alpes.
Musée du Château de Malmaison.

Après l'hiver, l'été. C'est pratique, ça vient tout seul, y'a rien à faire d'autre que d'attendre.
Personnellement je m'en fous pas mal, je m'habille tout le temps pareil. Et tous ceux qui pensent que le vêtement n'est pas affaire de fonctionnalité mais une déclaration d'identité font comme moi. Mentalement, on se salue d'un petit signe de la main qui veut dire je-sais-pas-qui-t'es-et-dieu-sait-que-ça-m'indiffère-mais-tu-sais-que-je-suis-avec-toi-que-tu-n'es-plus-seul.
Mais il y en a que ça importe. Si, ceux qui trépignent 11 mois sur 12 pour enfiler des shorts, par exemple. Pour eux, ça importe. Et ceux qui nous vendent des vestiaires de saison, des entrées de saison, des mi-saisons, des ah-mais-si-le-costume-sable-à-double-boutonnage-c'est-idéal-pour-les-mariages-de-fin-de-saison. Pour eux aussi, ça importe.

Suffisamment en tout cas pour nous servir une deuxième fashion week masculine. L'Eté de l'Homme. L'hiver l'avait laissé humble et spirituel comme un mormon, droit comme la pluie sous son chapeau de feutre noir. Grave, gris, résigné. L'été ramène la couleur (encore heureux). Mais surtout la combativité ; un été à feu et à sang? Promesse que les meilleurs shows de la saison tiennent tous à leur manière, récitals dont la symétrie troublante résonne en choeur de l'armée rouge.
Passage après passage, les maisons appellent l'homme à prendre les armes, appellent le soldat. Mais pas, comme l'écrivait Boris Vian, celui dont l'"uniforme est un avant-projet de cercueil".

La violence est ici une pulsion de vie salutaire, lumineuse, fédératrice. Franchement militaire mais pas rambo-esque, militaire mais surtout romanesque, surtout fraternelle, courageuse, presque conciliatrice, la violence rapproche sous le soleil, rapproche même l'homme des femmes : partout, des jupes de légionnaires, tshirts empiécés de cuir très Céline, des bijoux, des grigris...
Même Givenchy, qui disons-le clairement confond cette fois uniforme et accoutrement (je me répète mais, la jupe de légionnaire, sérieusement?), est dans le ton en présentant une Guerre tribale blanche et colorée, aussi rageuse que tapageuse.

Défilé Givenchy Homme
Photo Le Figaro
Défilé Givenchy Homme
Photo Le Figaro


Place aux médailles du champ d'honneur, baigné du triomphe de Lanvin. Par ordre de préférence, comme il se doit.

1- Guerre et Paix chez LANVIN
 
Défilé Lanvin Homme
Photo Le Figaro
  

Défilé Lanvin Homme
Photo Le Figaro
Défilé Lanvin Homme
Photo Le Figaro

Manet - Le Fifre
JL David. La Mort de Marat.

Défilé Lanvin Homme
Photo Le Figaro
Défilé Lanvin Homme
Photo Le Figaro

Défilé Lanvin Homme
Photo Le Figaro
Manet - L'Amazone


L'Homme // "J'ai voulu transformer les soldats de guerre en soldats de paix". Albert Elbaz joue aux petits soldats, mais, Lucas Ossendrijver les débarrasse du plomb. La fleur au fusil, ils paradent sur un mode léger, joyeux, presque enfantin, dansant au bord du précipice de la noirceur, du triste, déployant toute la palette de nos fétichismes à nous (militaire, aviateur, cavalier...) pour offrir un contre-point puissant au show féminin Louis Vuitton de l'Hiver. Très décomplexé et très référencé, l'homme Lanvin est le mec pointu qui a trouvé comment réconcilier son cerveau de mode et son cerveau tout court. Un vrai dandysme enfin, qui pioche ses munitions là où la violence est belle.

Le style // Stratège, il est sur tous les fronts.

Dans le mythe rouge-sang d'une France révolutionnaire, porté par des passages qui semblent tout droit découpés au cutter dans la Liberté guidant le Peuple de Delacroix, ou dans la Mort de Marat : des bleu-blanc-rouge très phrygiens, des tshirts serrés à même le corps comme des linges blancs au col maculé de sang.
Dans le faste de la Grande Armée napoléonienne : les vestes Brandebourg, les tshirts-tuniques, les boutonnages dorés, et surtout les bandoulières de Petit Tambour qui, s'il s'en va en Guerre, ne part pas sans mobiliser derrière lui une armée de modeux, et tous les autres. En avant. Marche.
Dans la peinture de guerre, froide de Manet : des manteaux longs à l'androgynie très romantique comme dans l'Amazone, et encore la référence au petit soldat napoléonien, en pantalon légèrement bouffant et vestes courte, comme dans le Fifre ou l'Exécution de Maximilien.
Dans l'abstraction artistique borderline de l'entre-deux-guerres, le Futurisme, le Structuralisme : imprimés des pantalons aux flashs de couleurs violents, aux géométries brutales.
Dans les élites de l'armée, chez les légionnaires, les aviateurs : contrecollage extérieur de cuir, boots rafistolées, customisées, bijoux et grigris africains comme ramenés d'expédition.

On passe à la caisse // Pour toutes les silhouettes de fifres joyeusement sanguinaires, les tuniques à porter sous des vestes étriquées, les pantalons slim mais fluides imprimés...
Les boots à porter toute l'année.
Et surtout, surtout, les pochettes de cuir portées en bandoulière colorée. Vraiment masculin et vraiment sexy, le vrai sac it-accessoire pour mec est né, et scoop, il ne se porte pas à la main. OUF.

On passe son tour // Rien.


2- Guerre Sainte chez DIOR HOMME


Défilé Dior Homme
Photo Le Figaro
Défilé Dior Homme
Photo Le Figaro



Défilé Dior Homme
Photo Le Figaro
Défilé Dior Homme
Photo Le Figaro


L'Homme // Rigueur et Honneur sous chapeau de feutre, l'Homme Dior crie "Mort à l'impur" comme d'autres crient "Mort à l'impie", porte sous sa veste blanchie de tout péché son effroyable mission de pureté. Une blancheur qui éclabousse dès les premiers passages, où Kris Van Assche lave et délave plus blanc que blanc. Tout me va, rien ne me souille, ni la ville, ni les sirènes qui me convoitent. Éminence blanche, Ange exterminateur, Illuminé par la mode. Dior est mon absolution. Le zen est toujours poétique mais beaucoup plus brutal, plus shogun : toujours fluide et teinté d'esprit samouraï en casaque de cuir ou veste-cape, mais justement recentré, dans une silhouette qui semble tranchée au sabre.

Le style // Pas moins chic quand la température grimpe, Dior Homme assume la couture et abjecte le relâchement, quitte à réhabiliter le costume blanc, en l'amenant vers un raffinement facile et très désirable (dans les blancs-sur-blanc des cols de chemise, les boutonnages des vestes) et une science du mouvement qui contraste avec les clichés de lin froissés vieux-beaux, ritals (la jambe libérée par l'ourlet à la cheville, alors que le haut du corps est maintenu, presque corseté par des vestes étriquées). Puis les couleurs se relaient sans se mélanger comme le soleil d'été avance : après le blancheur du matin, des costumes sable aux cols teints comme des piscines à débordement, du bleu orage comme un soir d'été, puis le noir. Cool.


On passe à la caisse // Un costume bleu, déjà vu sur Jamie Hince lors de son mariage avec Kate Moss.
La nouvelle veste croisée, retenue par un seul bouton.
Une chemise blanche à boutonnière surblanche.
Les tshirts empiécés de cuir.
Le chapeau, peut être, puisque c'est l'été.


On passe son tour // Non aux boots vernies par 35°
Le bracelet de force sur bras nus. On l'a tant aimé, puis on l'a laissé aux Little Monsters des concerts de Lady Gaga.



3- Guerre des Boutons chez CARVEN



Carven Homme
Carven Homme


L'Homme // Pour la première présentation de la première collection masculine de Carven, Guillaume Henry, qui compte déjà à son actif la réinvention du mythe de la Parisienne, s'attaque à la redéfinition pas moins attendue du Parisien. Le manifeste est clair : le Parisien Carven, c'est un projet d'homme pas pressé de se réaliser. Sur les bancs de l'École Républicaine, sous les yeux des Hussards Noirs de la République, les Garçons en culotte courte insufflent à la rigidité très pensionna-risto, la grâce et la légèreté de leurs bagarres juvéniles, comme un courant d'air Nouvelle Vague par anticipation. Halte-là papas, réservé aux années et aux poids plumes.

Le style // De la messe matinale à l'étude du soir, un uniforme complet d'écolier de bonne famille, et in fine des silhouettes au carré pourtant pas si guindées qui donneront certainement envie à certains de reporter le costume à la prochaine décennie. De la mode sérieuse sans esprit de sérieux : des chemises à cols ronds très réussies, aux lignes strictes ou au contraire gribouillées des couleurs tendres de l'enfance, des beaux pantalons droits raccourcis pour faire celui qui a grandi trop vite, des vestons du dimanche coupés courts. Et rien que des couleurs réglementaires : bleu nuit, ciel, craie, noir, camel...

On passe à la caisse // Annoncées entre 90 et 400€ (gamme de prix qui fait déjà le succès du prêt-à-porter féminin), les pièces seront forcément distribuées au lance-pierre. Raison de plus pour craquer sur:

La chemise col-rond, le "claudine" des garçons qui ne demande qu'à s'encanailler.
Et surtout, le hit annoncé : les petits calepins de cuir coloré avec porte-stylo intégré qui remplaceront, dans les poches de chemises, les pochettes de soie ramenées par la vague rock des dernières années.

On passe son tour // Le mini-short. Parce que personne ne baise un garçonnet.


Pour retrouver le décryptage de la Fashion Week Homme de l'Hiver, c'est ici
http://www.thenewaristocrats.com/2011/01/fashion-week-masculine-paris-automne.html


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