dimanche 5 août 2012

FRANK OCEAN. KENDRICK LAMAR. A$AP ROCKY // REDEMPTION HIP HOP SANS CLICHE.

Frank Ocean. Sauveur RnB.
"Don't Mistake Me for a Fucking Rapper"
Kendrick Lamar. Fucking Ethnicities - Section.80

Je ne sais pas pourquoi mais j'ai l'impression que quand on devient vieux et qu'on a peur de mourir, on se remet à écouter du Rap. Pas vous? Au moins n'aura-t-on pas la disgrâce de crever en écoutant some old shit, parce que le Hip Hop, lui, est en pleine résurrection. Après la déflagration du collectif Odd Future emmené par Tyler the Creator, place à Kendrick Lamar, Frank Ocean, A$AP Rocky. 3 fois twenty-something, passés en un an de post-ados lambdas à Hip Hop supernovas.

Tyler the Creator, YONKERS



Éduques à la musique et au swagg par le Web, les réseaux sociaux, les plateformes de téléchargement en ligne, ils se sont emparés du Hip Hop sans trop se poser de la question de la lignée, de l'héritage, du Made In West ou East Coast. Sans dogmatisme, dans la mêlée de tout ce que le Digital peut stocker, digérer, fusionner. Le Hip Hop des Grands Frères parmi les vieux standards de la soul music, les gossips de la Pop, les jeux vidéos, les films de genre, les séries en streaming, le Porno réaliste Gonzo...

Kendrick Lamar - Swimming Pool (Drank)


Ils n'ont pas attendu l'adoubement des parrains du Hip Hop, ni le laisser-passer des majors. Ils ont fait leurs armes dans des collectifs multi-talents (A$AP Mob pour A$AP Rocky, Odd Future Wolf Gang Kill Them All - OFWGKTA pour Frank Ocean, Black Hippy pour Kendrick Lamar), appris à tout faire dans leur coin - songwriting, production, stage presence, direction artistique des vidéos, gestion des réseaux sociaux... Ils ont pris YouTube d'assaut. Ils ont dit CLIC au destin. Leurs mixtapes ont fait monter les enchères. Depuis, ils jouent à Attrape-moi si tu peux, prêts à faire sauter la banque : Sony fait une prise à 3 millions de dollars sur A$AP Rocky, Dr Dre signe Kendrick Lamar chez Interscope, Jay Z et Kanye mettent les vocals suaves de Frank Ocean dans la boîte de Watch the Throne.

Frank Ocean - BAD RELIGION


Leur tour de force? Un Hip Hop puriste mais libéré des clichés. Des ambitions progressistes qui ne brisent pas les règles du jeu, ne renient pas les thèmes (violences, ennui, jeunesse abandonnée, vies brisées, inégalités, argent et pouvoir, sexualité, substances...) mais étendent le domaine de la lutte au-delà des figures imposées. Nouveaux codes esthétiques, vestimentaires, nouveaux styles de vie, nouvelle ouverture morale, sexuelle, religieuse, nouvelle sensibilité...


L'objectif, c'est renouveler le Hip Hop de l'intérieur. A contre-courant exact de l'incompréhensible mouvement des aînés vers l'Euro-dance, passés sans crier gare du Ghetto au Guetta (Rihanna, Akon, Black Eyed Peas, Usher, Flo-Rida, T-Pain, Chris Brown, Nicky Minaj...). Pas vraiment non plus comme les résistants Drake ou The Weeknd, qui coupent le Hip Hop avec le Dubstep. Du Hip Hop (et du RnB) Pur et Dur, mais modernisé par des digressions, des influences qui le re-contextualisent, le remettent en phase avec Maintenant.

A$AP Rocky - WHASSUP


3 Sauveurs pour une Rédemption Hip Hop totale : West-Coast pour Kendrick Lamar, East-Coast pour A$AP Rocky, et RnB pour Frank Ocean. Les Fidèles pullulent, guettent les albums tant espérés. Frank Ocean - Channel Orange. A$AP Rocky - LongLiveA$AP. Kendrick Lamar - Good Kid Mad City.

lundi 16 juillet 2012

FASHION WEEK HOMME ETE 2013 : PODIUM SPORTIF // GIVENCHY, LANVIN, PHILLIP LIM.

Mode masculine Été 2013.
Le cliché du sportif déshabillé, la part de la femme et celle de l'enfant révélés. Reste une question de taille : pour quelle équipe tu joues, mec? Quand le match est fini, il faut faire place nette au podium. Et se taire pour le Chant des Italiens qui résonne en l'honneur de Riccardo Tisci.

GIVENCHY // Chacun pour soi et Dieu pour tous

Givenchy Homme PE 2013
Givenchy Homme PE 2013

// L'Homme // Coach Tisci a vu la Vierge. Elle l'a fait dieu des imprimés, ressuscités pour une nouvelle saison d'obsession - commerciale diront certains, et sans doute à raison. Place aux Saintes et aux Madones, après les rottweilers, pinups et kaléidoscopes à profusion... La grande idée est ailleurs, de toute façon. Sous l'imprimé, c'est d'avoir fait de deux souvenirs de l'enfant un seul vestiaire d'homme fort : l'église, le sport. Un Procession spectaculaire mais portable, où les communiants sagement vêtus de tuniques prennent pourtant souvent les traits baroques d'un gang de sicaires. Après les Minotaures de l'Hiver, de quoi se méfier des enfants de choeur de l'été : ce n'est plus la narine mais l'arête du nez qu'ils ont fait piercer. Pour donner raison aux Reliques : la Mode passe mais les Os restent à jamais. Bien vu, l'homme Givenchy fait sa prière mais joue os pour os, dent pour dent.


Givenchy Homme PE 2013
Givenchy Homme PE 2013

// La Mode // Sainte Trinité de la Silhouette : l'homme amène le costume, le sport amène le sport, la religion la tunique et le thème des imprimés. Tout s'entremêle, un nouveau dogme du vestiaire masculin [veste sur tunique sur pantalon ou short] se dessine et la tension majeure de l'été aussi : la femme est là (des mannequins femmes participent d'ailleurs au défilé), dans les figures saintes imprimées (Vierge, Ste-Thérèse en plein Extase), dans les matières luxueuses (organza, soie, voileries), dans les couleurs tendres (rose chairs, blanc virginal), dans les bijoux (en piercing sur le nez et sur les sandales de pèlerins). L'enfant est là aussi, dans les shorts et les sweat-shirts (de façon encore plus évidente sur ceux imprimés d'une icône et floqués avec un numéro).
Deux pièces maîtresses devraient finir par s'imposer. Sans difficulté pour les imprimés, qui sont partout mais qui sont forts : icônes religieuses qui impressionnent lorsqu'elles semblent soudain enluminées, gravées en relief dans le métal, ou au contraire sous-jacentes au vêtement, presque radiographiées comme un Saint-Suaire, ou encore peintes à l'huile et éclairées à la bougie sur de la soie, ou enfin multicouches, réparties entre chaque éléments de la tenue (blouson, chemise, cravate...). Plus long sera certainement le chemin pour la Tunique, pourtant clé de voûte de cette nouvelle masculinité.


Givenchy Homme PE 2013
Givenchy Homme PE 2013

 // On passe à la caisse // Les pièces en soies noir à se damner : sweat-shirts et Teddy à la Vierge Triste. Un autre sweat-shirt blanc à icône numérotée. Une tunique, noire see-through pour commencer. Quant au rose poudré, la tentation devrait être forte.
// On passe son tour // la sandale de pèlerin, c'est péché. Les imprimés les plus racoleurs aussi : Vierge disco (WTF?), flocages faciles, carrés sur t-shirts noirs...


LANVIN // Adversaires Equipiers

Lanvin Homme PE 2013
Lanvin Homme PE 2013
// L'Homme // Lucas Ossendrijver dit de son show particulièrement posé (il est vrai moins impressionnant qu'à l'accoutumée) : "It's all about contrast". Ramené à l'homme, et c'est un peu comme forcer les adversaires à jouer dans la même équipe. Pas vraiment de silhouette Lanvin cet été. Mais autant de personnalités que de passages. Un manque d'esprit d'équipe, mais du sport partout quand même. Plus référencé, plus décalé : des t-shirts de boxer 90s Rocky Balboa mais en soie fluide, parfois même transparente, des sacs à dos aux harnachements grand luxe, du rétro-sport preppy (marcels de soie bicolore), des kways sexys portés en chemises, zippés, translucides, sur torse nu de gringalet. Même le costume est désossé, simplifié, pour laisser bouger les muscles comme dans un jogging.

Lanvin Homme PE 2013
Lanvin Homme PE 2013
// La Mode // Contraste sur tous les terrains. Opposition des couleurs dès les premiers passages noirs et blancs. Opposition des silhouettes, pantalons oversized taille haute contre pantalons fittés taille basse. Opposition de matières, masculin sportswear comme le nylon, laine ou cuir bruts, contre effets d'habitude réservés au vestiaire féminin : cirées, nacrés, transparents, lamés.

Lanvin Homme PE 2013
Lanvin Homme PE 2013
// On passe à la caisse // la Ola pour les sandales, les plus belles de l'été. Simples et ludiques comme des legos qui semblent personnalisables à l'infini : bleu ciel, noir vernis. Pour les kways transformers qui deviennent des chemises. Et tous les t-shirts de boxe.
// On passe son tour // Les sophistications de l'extrême : python sur chemise de sport, les chemises rose et les effets nacrés de Barbie que ma petite cousine pré-pubère, loin du second degré de la mode, m'envierait pour de vrai. Les pantalons oversized speakeazy. Mais qu'on lui fasse la peau, à Roger Rabbit. Et qu'on revienne à des proportions plus portables. 


3.1 PHILLIP LIM // Baseball. Capoeira. Aïkido. 

3.1 Phillip LIM Homme PE 2013
3.1 Phillip LIM Homme PE 2013

// L'Homme // Le sport de Phillip Lim, c'est de mix-and-matcher les influences de la ville qui fait sa mode : NYC. Si le sportswear et, plus largement, le COOL US restent le pivot de l'équipe, ils sont solidement épaulés de coéquipiers japonais et brésiliens qui balancent sans cesse entre le chaud et le froid. Avec très peu de règles du jeu et beaucoup de fun, Phillip Lim fait du sport un voyage, où l'homme peut se perdre et, qui sait, se trouver.

3.1 Phillip LIM Homme PE 2013
3.1 Phillip LIM Homme PE 2013

// La Mode // Le sport à NYC sous les soleils de l'été. Soleil Levant, strappings sur les pantalons et les vestes comme des ceintures de kimono (certaines chemises sont aussi kimono), silhouettes de hérons en vestes samouraï (tenues entre-ouvertes par un zip) et bermudas blancs sur chemise noire, ensembles blanc sur blanc comme des habits de cérémonie. Et Soleil Brûlant : legwears et bermudas de capoeira (et de football américain), imprimés, broderies ou incrustations baroques et féminines, couleurs organiques, chaudes, naturellement luxuriantes - ors, ocres, bleu ciel de tempête, écrus, denim, kaki... 

3.1 Phillip LIM Homme PE 2013
3.1 Phillip LIM Homme PE 2013
// On passe à la caisse // Les bermudas sur legwear raccord, bleu nuit et ciel, noir, blanc... Les vestes de baseball zippées : blanc, blanc avec manches de mesh écru, denim tie and dyé, bi-colore aux manches rebrodées, un pantalon de capoeira imprimé.
// On passe son tour // Tous les lancés qui ne se sont pas transformés en touchdowns : à commencer par les chaussures, entre sabots et claquettes de piscine. Carton rouge aux surenchères d'imprimés et de strappings. Que reste-il au COOL sans la simplicité?
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dimanche 8 juillet 2012

FASHION WEEK HOMME ETE 2013 // LE SPORTIF, UN CLICHE DESHABILLE. La part de la femme, celle de l'enfant.


Givenchy Printemps Été 2013
Le sportif, icône féminine sur le coeur
dégaine de communiant for ever. 


"Well we're all getting bigger // But it takes Time to be a Man.
And it's more than you figure // So take it slow, take my hand."
The Rapture - It takes Time to be a Man.

L'été prochain. Tous les hommes vont aimer le SPORT. Même ceux qui aiment la MODE. SURTOUT ceux qui aiment la mode. SPORTSWEAR de LUXE, tu parles d'un cliché! Tu parles d'une nouveauté. Des années que le mouvement pendulaire se développe, creuse l'opportunité des deux côtés : le sport s'en va au luxe (cette année encore, les Nike Yeezy 2, co-designée avec Kanye West, se vendent 250 euros en boutique et, quand il n'y en a plus, jusqu'à 1 500 dollars sur Ebay; Adidas mise lourd sur SLVR, une collection capsule inspirée de l'élégance des escrimeurs), pendant que le luxe s'en vient au sport (folie sneakers chics chez Lanvin, Dior Homme, Givenchy, YSL, ou sportshoes chez Prada...). Égalité. Balle au centre.

Adidas SLVR 2012

Mais attention aux apparences. Elles seront trompeuses le prochain été. Lieu commun de la masculinité, le SPORTIF est un mirage d'homme et Paris va le prouver. Sous le cliché aride, un oasis de féminité, et des tempêtes de sables mais drôles, comme celles des châteaux de l'enfance. Souvent subtile mais rarement somptueuse, il faut avouer que la mode masculine de l'été 2013 est moins spectaculaire, moins violemment attractive que celle de l'été dernier. Mais elle brille par une sorte d'intelligence collective, que chaque show nourrit à sa manière, comme si tout le monde s'était passé le mot. Pour faire progresser un peu l'idée de l'Homme, en faisant remonter à la surface la part invisible sous l'archétype rassembleur et commercial du Sportif : la part de la femme, et celle de l'enfant.

C'est fou comme parfois, ce que l'on ne voyait pas à force de ne pas vouloir le voir peut devenir évident. C'est ce qu'inspire d'emblée ce sportif de l'été 2013.
Une évidence féminine : la précision à côté de la performance, la note artistique à côté de la note technique, l'esthète au corps culte, culturiste, cultivé : glabre, bronzé, tatoué, dénudé, aérodynamisé. Les gracieux lauriers et les pleurs à chaudes larmes sur le podium.
Une évidence enfantine : le sport est un terrain de jeu, la rue peut être son terrain de jeu, un autre terrain ludique où s'évader. Le sport appartient à l'enfance à jamais. Au même titre que ces grandes institutions initiatiques qui nous rendent plus forts, plus graves, plus résistants : Givenchy est dans la vérité vraie en mixant sport et enseignement religieux, sport et communion. Et le sport rejoint ici encore une fois la femme : la mère qui t'attend avec ton goûter après l'effort et qui, comme Dieu, pardonne tous tes péchés. Procter & Gamble l'a bien compris et célèbre, dans le spot réalisé pour les JO de Londres dont le géant de la grande consommation est sponsor officiel, la Mère derrière tout grand champion (The Hardest Job in the World is the most Beautiful Job in the World).



A l'arrivée, ça donne quoi, ce nouveau sportswear de luxe sans le cliché? 4 tendances lourdes.
// Le Sport pluriel // A chacun le sien. Nautique chez Dior (thème marin très académique) et Louis Vuitton (thème yachting), Baseball chez Givenchy et Alexander Wang, Capoiera et Football américain chez Phillip Lim, Boxe chez Lanvin, Trek baroudeur chez Kris Van Assche, et même natation synchronisée chez Mugler (ah pardon c'était un thème Atlantide?)... le short de foot encoché sur la cuisse, puni de peine de mort depuis que Rocheteau avait quitté les Verts, revient même chez Raf Simons.


Alexander Wang Printemps Été 2013
US Sport 
Lanvin Printemps Eté 2013
Tshirt de Boxer en soie

Dior Homme Printemps Eté 2013
Ô Matelot

mercredi 4 juillet 2012

QUAND LIZZY GRANT SORTAIT LA DEMO DE NATIONAL ANTHEM // VINTAGE LANA DEL REY

Lana del Rey a tué Lizzy Grant
National Anthem a survécu.


"Money is the Anthem of success."

Lizzy Grant crevait peut être la dalle quand elle a composé National Anthem. Une version 1.0 aux accents vaguement pop, vaguement grungy, et un drôle de clip DIY, carambolage d'images usées et d'égo-trips instagrammés, que Lana del Rey écraserait quelques années plus tard en cliquant sur le bouton "célébrité". Mais à l'époque, Lana del Rey n'était pas née.

Lizzy Grant s'apprêtait à crever pour de vrai. A disparaître derrière ce qui pointait : des lèvres gonflées et un patronyme emprunté à une vieille Ford. La trame d'une popstar en pleine création, en pleine mutation. Physique, esthétique. La popSTAR se fabrique de toutes pièces. Comme une vieille Ford.

C'est l'étrange histoire de la démo de National Anthem, une petite chanson comme des milliers d'autres. Et de Lizzy Grant, une petite chanteuse comme des milliers d'autres. L'une et l'autre remontées à la surface à cent à l'heure, dans le sillon de la version 2.0 parue cette semaine. Une autre chanson, une autre chanteuse : le National Anthem de Lana del Rey.

Pas d'A$AP Rocky, ni de Marilyn, ni de Jackie O. Mais déjà JFK. Et tout le mythe fondateur d'un futur phénomène Pop majeur.
Hollywood // CUT // Elvis // CUT // Porno Gonzo // CUT // Gentlemen Club // Roman Noir // CUT // Lolita // CUT // Stars and Stripes // CUT //  Cowboys // CUT // Blue Jeans // CUT // Flowers in Bloom // CUT // Speakeasy // CUT // Vintage // CUT // Vieilles décapotables // CUT // US-Aristocratie // CUT // Tempêtes // CUT // Glamour Sadcore // CUT // JFK // CUT // Hip Hop // CUT.
Lana del Rey au carbone 14.

Rempart aux haters, Lizzie Grant revient à temps pour rappeler ce qu'est Lana del Rey. Des vidéos postées comme des bouteilles à la mer. Une fille au nom de voiture comme elle aurait pu finir par en laver, en garer, en ravitailler dans n'importe quel drive-in de LA. Mais sauvée par la Pop stardom. Un fake qui a eu de la chance. Qui a cru dans sa chance. 

Touchante, Lizzy Grant inside Lana del Rey, revient à temps pour rappeler que, pour ceux qui la font, pour ceux qui la rêvent, la Pop est un anti-destin.


LIZZY GRANT / LANA DEL REY
 NATIONAL ANTHEM DEMO

dimanche 1 juillet 2012

LANA DEL REY ET ASAP ROCKY REJOUENT LE NATIONAL ANTHEM // La fausse histoire vraie de Marilyn, Jackie O, JFK


Lana + Jackie O + Marilyn

Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé ne serait que pure coïncidence.

Ca commence par un Happy Birthday Mister President au Madison Square Garden. Ca finit par un assassinat en pleine rue, à l'arrière d'une Lincoln présidentielle et décapotable. Un air de DEJA VU, voilà ce qu'est Lana del Rey. Mais un air frais, qui prend la Mythologie Américaine de pleine face. Avec ce qu'il faut de témérité et de présomption pour penser pouvoir s'y mesurer. Un sens de l'opportunisme démoniaque mais doublé d'une constance esthétique et narrative stricte, qui la démarquent définitivement de ses copines starlettes-girouettes. Celles qui, pour faire durer leur momentum, métamorphosent physique et musique d'un titre à l'autre.
Vintage et Sadcore un jour // Vintage et Sadcore toujours. 

Marilyn Monroe
Madison Square Garden 1962

S'attaquer à Marilyn, Jackie O et JFK. Pourquoi pas. Mais encore faut-il avoir l'ingéniosité de ne pas confondre rejouer l'histoire et la répliquer. Bye Bye le clipper Woodkid et le toyboy Bradley Soileau. Dans la vidéo de National Anthem, c'est sans filet mais épaulée d'un duo tout nouveau que Lana del Rey s'essaie à détourner les faits en sa faveur : Anthony Mander et la nouvelle sensation du Hip Hop made in Harlem - et adoubée par Drake tout au long de sa tournée européenne - A$ap Rocky. Makes sense. Dans Blue Jeans, Lana chantait : "You were sort of punk rock i grew up on hip hop - but you fit me better than my favorite sweater". 

Ca commence mal. Comme un biopic littéral. Lana est en 1962, elle entre sur scène dans une robe lamée qui l'empêche de respirer et, le souffle court, entonne un joyeux anniversaire innocemment incendiaire à Mr President. On se dit :
1. Putain-est-ce-qu'on-pourrait-pas-laisser-Marilyn-peinarde-30-secondes?
2. Que même lamés et moulés à même le corps, les vêtements de Monroe sont trop grands pour elle.
3. Que Madonna l'avait déjà fait. Material Girl. 1984. Lana del Rey n'était pas née.

Lana del Rey - National Anthem
Marilyn Monroe Madison Square Garden 1962

Mais on se trompe. Et on s'en rend vite compte : lorsqu'est dévoilé le nouveau visage de JFK. Chez Lana del Rey, JFK est un rappeur noir en plein coeur des 60s. Dans National Anthem, elle proclame "blurring the line between the real and the face", et elle fait ce qu'elle dit. Un biopic, mais subjectivé. Une histoire où l'histoire n'est qu'un fantasme. Remonte à la surface fêlée d'anachronismes et d'anticipations. Des buggs, exactement comme dans le monde digital où Lizzie Grant est morte, où l'histoire de Lana del Rey est née. 





dimanche 24 juin 2012

KANYE WEST + JAY-Z A BERCY // TIGGAS IN PARIS. Le show, la scène, la mode.

Jay-Z + Kanye West - Watch The Throne à Paris Bercy

Le 1er, 2 et 18 juin, Bercy c'était Chasse et Pêche. 
Deux tigres en cage, des gros poissons trop bien sapés plein les gradins, des animaux digitaux et dangereux comme dans un safari, comme dans un Jumanji - rottweilers, tigres, requins blancs, contre colombes et antilopes - et même des Kim Kardashian chez les VIP...

Welcome to The Jungle

Kanye West + Jay Z
Watch the Throne Tour

Retour à l'état de nature. A la loi de la jungle. Au gros qui mange le petit. A l'épreuve du face à face d'où personne ne veut sortir vaincu, Jay-Z et Kanye jouent l'harmonie désunie.
Chacun son territoire de chasse, et les groupies seront bien gardées. Jay Z écrase par son flow charismatique, millimétré comme les complications de sa Hublot ; pendant que Kanye apporte le show au show, swagg glitter et auto-tune, pas mieux éduqué depuis qu'il est en Givenchy de la tête aux pieds - insulte la foule qui le vise avec des pointeurs laser.

Qu'on ne parle pas d'un duo. Mais d'un duel d'egos. Parfaitement orchestré : 2 princesses cote à cote, 2 scènes face à face, une quarantaine de titres et un temps de parole réparti comme en temps de campagne électorale. Watch the Throne 1/3, Jay-Z 1/3, Kanye West 1/3. Peu de complicité affichée, mais un intérêt commun évident : Watch The Throne? Ce n'est pas de la musique, c'est un feu-à-volonté sur le Hip Hop game mondial. Lorsque la bataille est finie, que 8 ou 11 Niggas in Paris ont été abattus (un de moins que le record de Los Angeles), Jay Z et Kanye West sont toujours deux, toujours distanciés.


Jay Z + Kanye West
Watch The Throne Paris Bercy

Loin, c'est vrai, de ce monstre hybride "JayKay" qu'on aurait souhaité voir fusionner, naître, se lever sous nos yeux. mais sans aucun mort à déplorer. Pour le plus grand plaisir de la foule, au final : 3 concerts dans le concert, une démonstration de force, de monopole du tube hip hop des dix dernières années (Empire State of Mind, 99 problems, Lift Off, ou Hard Knock Life chez Jay-Z; Stronger, All of the Lights, Jesus Walks, Gold Digger, ou Heartless chez Kanye...).

lundi 18 juin 2012

LA TATTOO GALLERY DE DIESEL + LA CALLIGRAPHIE DE NICOLAS OUCHENIR // ENCRE TATTOO SUPERSTAR


Rooney Mara, The Girl With Dragon Tattoo
W Magazine

Cause I'm looking like Class and he's looking like Trash.
TLC - No Scrubs.

Ce qu'il y a de bien avec le tatouage, c'est qu'il ne choisit pas. Qu'il est les deux à la fois, Class et Trash, sans compromis. Selon les époques, les milieux, les motifs, les références, les tatoueurs... selon, surtout, la lecture de ceux qui le regardent. Le tatouage est une aventure personnelle que l'on plonge dans les yeux des autres. Plus qu'une manifestation ostentatoire du moi, le tatouage c'est l'intime qui remonte à la surface. Refoulement raté. Mal digéré. Mal enfoui. Des obsessions, des névroses, des mirages d'encre sur papier blanc. Sur la peau qui rétrécit à mesure que l'histoire s'écrit. Sur peau de chagrin. Le tatouage est beau et gênant comme un journal intime, sauf qu'il est à pages ouvertes. Un peu comme quand Laclos dit de Madame de Merteuil que son âme est sur son visage. Class et Trash. Où sont le bon et le mauvais goût, l'acceptable et l'inacceptable, lorsqu'il s'agit de nos [res]sentiments en noir et blanc? Nulle part. Ou bien, alors, quelque part perdus dans ce sentiment étrange que, ce que l'on regarde, c'est ce qu'on n'aurait jamais dû voir.

Pourtant cette année, on a vu du tattoo partout. Parce que la Pop Culture à l'encre dans la peau, fait du neuf avec de l'indélébile. Nous éclabousse tous, pointus, mainstreams, fils-à-papa, beaufs, punks-à-chien, tra-tras, tepus, hipsters, protesters, geeks et gym-queens, fucks-la-fashion et modeux... Tout le monde en veut. Tout le monde en a. A ce rythme-là, bientôt belle maman dira tu-aurais-pu-me-ramener-un-tatoué.

// Musique // La fin du monopole pour les rockeurs et les rappeurs à l'ancienne. Désormais même les gendres idéaux ont des tatouages de bad boys. A commencer par Adam Levine, qui pimente son look de chanteur à minettes, et la soupe de son Maroon 5, avec une collection de tattoos XXL.

Adam Levine s'en va en guerre contre le cancer
nu mais couvert de tatouages - Cosmopolitan UK

// TV // désormais, le tatouage à son The Voice, ça s'appelle Ink Master; et même Secret Story enrôle une tattoo-addict dans la Maison des Secrets.

// Ciné // Rooney Mara fait chavirer le coeur d'Hollywood et de Riccardo Tisci chez Givenchy en endossant le rôle de la Girl with the Dragon Tattoo pour le remake de Millenium; Dans Drive, Ryan Goslin a la peau immaculée mais le blouson tatoué d'un scorpion.

// Mode // Mugler ayant un peu laché la grappe à Zombie Boy, c'est Alexander Wang qui prend la relève, en faisant du phénomène rap Afrikaner Die Antwoord l'égérie white-trash+black-ink de sa collection "T" Spring 2012.


// Beauté // les gentilles fifilles de Cacharel jouent avec les mauvais garçons dans Amor Amor Forbidden Kiss, et Dermablend joue avec Zombie Boy dans le film beauté buzz de l'année "Go Beyond The Cover".

Cacharel Amor Amor Forbidden Kiss



La beauté tatouée exhibe ses nouveaux canons : le Brooklyn boy Bradley Soileau, ex-straightedge (punk moraliste) devenu cover boy pour Lana del Rey; et le Top superstar danois Freja Beha Erichsen, qui prête son corps à toutes les marques qui peuvent se l'offrir, puis le tatoue pour se le réapproprier.

Bradley Soileau - It-boy straightedge

Freja Beha - Top Tatouée
rajoute de l'encre Chanel

Idolâtrie toute neuve, retour de hype, nouvelle normalité, portes-parole dédiabolisés... il ne manquait plus qu'une vitrine à la génération tatouage d'aujourd'hui. Ce à quoi s'attelle le capteur d'époque Diesel avec la bien flairée OnlyTheBraveTattooGallery.com, une plateforme sociale ouverte à l'occasion du lancement de son dernier parfum Only The Brave Tattoo.

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